Trois questions pour comprendre les récents remous sur les taux de change

9 mars 2020

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Nous revenons pour vous sur les derniers forts mouvements observés sur le marché des devises en lien avec la crise du coronavirus et l’effondrement du prix du baril de pétrole.
Qu’est-ce qui a provoqué la panique sur les places financières ?

L’effondrement du prix de l’or noir suite à la décision unilatérale de l’Arabie Saoudite de brader son pétrole a provoqué des déflagrations qui sont allées bien au-delà du marché des matières premières. Le marché des changes n’a pas été épargné avec un repli massif sur les valeurs refuges, notamment le yen. La monnaie japonaise affiche ainsi un gain de +3 % face à l’euro en variation hebdomadaire. Sans surprise, les devises dont l’évolution est corrélée positivement à l’évolution du pétrole ont subi les pertes les plus importantes. Déjà pénalisé par la baisse des taux décidée la semaine passée par la Banque du Canada, le dollar canadien continue de s’effondrer avec une baisse de 5 % face à l’euro en variation hebdomadaire. Malgré les craintes de récession économique en zone euro en lien avec la quarantaine en Italie et l’impact du coronavirus sur les chaines de production, l’euro continue son envolée face au dollar et a même tenté lundi matin de casser la résistance située à 1,15. Cette hausse de l’euro ne traduit pas un retour de la confiance des investisseurs dans la zone euro mais s’explique surtout par le repli du dollar du fait des anticipations de baisse des taux par la Réserve fédérale américaine.

Derrière la panique financière se cache la crainte d’une crise économique durable. Tous les ingrédients sont là : un choc économique exogène (le coronavirus) et un choc sur les matières premières (le pétrole). Pour éviter que ce scénario ne se réalise, la réponse des autorités budgétaires et monétaires va être cruciale.

À quoi faut-il s’attendre dans les prochains jours ?

Nous tablons sur de nouvelles mesures de soutien à l’économie, à la fois budgétaires et monétaires :

  • La BCE qui doit se réunir ce jeudi pourrait annoncer plus rapidement que prévu la mise en place d’une facilité de prêt spéciale destinée aux PME et aux ETI de la zone euro. La banque centrale pourrait également être tentée de freiner la forte appréciation de l’euro en décidant une nouvelle baisse de 10 points de base de son taux de dépôt. Cependant, une telle option ne fait pas consensus car elle comporte des implications négatives pour le secteur financier.
  • La Réserve Fédérale américaine pourrait décider en urgence une nouvelle baisse des taux, à l’instar de ce qui a été annoncé la semaine passée, qui s’accompagnerait de mesures afin de fournir de la liquidité au marché.
  • La Banque du Japon et la Banque nationale Suisse pourraient intervenir sur les changes. Les autorités de l’archipel ont souligné surveiller de très près les évolutions sur les taux de change et se sont inquiétées de la forte hausse du yen (+3 % face à l’euro, +5,5 % face au dollar américain et +4 % face au dollar australien en variation hebdomadaire).
  • Le G7 pourrait se réunir en urgence pour discuter d’un plan de relance budgétaire coordonné. Toutefois, à ce stade, une telle éventualité parait peu probable. Nous nous orientons plutôt vers des mesures de relance prises au cas par cas selon les pays, comme l’a fait au cours du week-end l’Allemagne. A minima, une initiative coordonnée au niveau européen pourrait être présentée prochainement.
Comment se positionner sur l’euro ?

L’euro a tenté lundi matin de s’attaquer à la forte résistance située à 1,15 dollar, mais a échoué. La paire évolue désormais dans un grand range compris entre 1,1250 et 1,1500. La tendance haussière pourrait être confortée par la forte probabilité d’une nouvelle baisse des taux par la Réserve fédérale américaine. En cas de franchissement de la zone de résistance des 1,1500, le prochain objectif se trouve à 1,1750. Attention toutefois, le mouvement haussier de l’euro repose sur un feu de paille. La réalité économique en zone euro, à savoir le risque sérieux de récession au cours du premier semestre de cette année, n’est pas encore intégrée dans les cours de l’euro. Dans ces circonstances, nous doutons que la forte hausse de l’EUR/USD soit durable.

Cet article de blog ne constitue en aucun cas un conseil en matière d'investissement.

 

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