Quelles devises émergentes suivre en Asie ?

29 septembre 2020

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Les économies émergentes en Asie présentent de nombreuses opportunités pour les entreprises. Sur le marché des changes aussi, certains pays et devises font l’objet d’un intérêt grandissant. Cet article analyse quatre devises : le yuan chinois (CNY/CNH), le dollar hongkongais (HKD), le baht thaï (THB) et le dollar singapourien (SGD).


Dès sa mise en circulation en 2002, 12 pays européens ont adopté l’euro comme devise. Du jour au lendemain, autant d’opportunités se sont évanouies pour les acteurs du marché des changes. En 2015, La Lituanie est devenue le 19e pays à adopter la monnaie unique et d’autres États membres devraient suivre dans les prochaines années.

Compte tenu de cette disparition massive de monnaies nationales, les intervenants sur le marché des changes se sont rapidement tournés vers d’autres territoires. Les marchés émergents en Asie se sont présentés alors comme des terrains propices au commerce des devises.

Mais quelles monnaies asiatiques sont les plus suivies des acteurs du marché des changes ? Quels territoires présentent le plus d’opportunités ?

Notre panorama des devises chinoise, hongkongaise, thaïe et singapourienne vous aidera à mieux comprendre les facteurs influant sur leurs cours de change et les évolutions susceptibles d’impacter les économies de leurs pays respectifs.

 

1. La monnaie chinoise : renminbi (RMB) ou yuan (CNY/CNH)
  • La monnaie chinoise prend trois dénominations : renminbi (RMB), yuan onshore (CNY) et yuan offshore (CNH).
  • La Banque populaire de Chine a choisi un régime de change flottant administré, souvent dénoncé à l’étranger en raison de la sous-évaluation perçue du yuan.
  • L’économie chinoise représente 10 % du commerce mondial, mais moins de 2 % des paiements internationaux sont effectués en yuan.

La monnaie chinoise, appelée renminbi (RMB) ou yuan (CNY/CNH), présente un certain nombre de particularités.

Le renminbi (RMB) est la devise de la Chine et son moyen d’échange, tandis que le yuan (CNY/CNH) représente l’unité de compte de ce dernier.

Onshore et offshore, un yuan doublement coté

On distingue le yuan coté onshore (CNY) et le yuan coté offshore (CNH).

Le yuan onshore (CNY) n’est pas librement convertible et il est utilisé quasi exclusivement en Chine continentale.

Le yuan offshore (CNH), lancé par le l’Autorité monétaire de Hong Kong (HKMA) en 2010, constitue la version convertible de la monnaie chinoise. Il permet notamment aux entreprises étrangères de régler directement leurs achats en devise chinoise auprès de fournisseurs locaux.

Comment la Banque populaire de Chine encadre-t-elle cette monnaie aux trois dénominations ?

Le régime de change flottant administré

Autre particularité de la monnaie chinoise : la politique interventionniste de la banque centrale du pays (la Banque populaire de Chine).

Le yuan est étroitement encadré par cette institution, qui a fait le choix d’un régime de change flottant administré, plus dirigiste que le régime de change flottant (ou flexible) en vigueur dans la plupart des pays développés.

Comment fonctionne ce régime de change ?

  • Le cours du yuan onshore (CNY) est fixé à un panier de devises dont la composition est tenue secrète.
  • La banque centrale transmet aux opérateurs spécialisés du marché des changes un taux de change souhaitable et ils agissent en conséquence.
  • Les évolutions du cours de change sont donc manipulées pour atteindre un cours de change cible.

Si elle favorise les exportations chinoises, la sous-évaluation perçue du yuan est souvent dénoncée comme cause de déséquilibres mondiaux, dont la balance commerciale des États-Unis.

Inversement, le yuan coté offshore (CNH) évolue selon l’offre et la demande privée sur le marché de changes.

En 2019, le yuan constituait 1,23 % des réserves mondiales en devises étrangères et il se situait au huitième rang des devises les plus échangées sur le marché des changes.

Le saviez-vous ? 
Le yuan fait désormais partie du panier de droits de tirage spécial (DTS ou special drawing rights basket en anglais) du FMI, un instrument monétaire utilisé pour compléter les réserves officielles des pays membres et augmenter les niveaux de liquidité dans l’économie mondiale en périodes d’insuffisance.
 
2. Le dollar hongkongais (HKD)
  • Le dollar hongkongais (HKD) est perçu comme particulièrement stable grâce à sa caisse d’émission et son arrimage au dollar américain (USD).
  • Les tensions avec Pékin ont attiré l’attention des acteurs du marché des changes ces dernières années.

Le dollar hongkongais est une devise particulièrement stable car elle dépend de la caisse d’émission, ou currency board, de l’Autorité monétaire de Hong Kong (HKMA). Le dollar hongkongais évolue selon ce modèle depuis 1983, année du lancement du « Système de taux de change lié », ou Linked Exchange Rate System.

Mais quel est le rôle de la caisse d’émission ?

La vocation d’une caisse d’émission est de relier une devise locale, ici le dollar hongkongais, à une devise d’ancrage, en l’occurrence le dollar américain.

Caractéristiques d’une caisse d’émission :

  • Contrairement à une banque centrale, elle n’intervient pas sur le marché pour minimiser les effets négatifs de chocs économiques.
  • Elle doit suivre la politique monétaire menée par l’institution du pays d’ancrage, en l’occurrence la Federal Reserve américaine.
  • Elle est obligée de détenir des réserves de la monnaie d’ancrage, toujours supérieures ou égales à la valeur de la monnaie nationale qu’elle émet.

Depuis les années 2000, la currency board est tenue de maintenir un cours de change d’entre 7,7500 et 7,8500 HKD par USD. Lorsque la valeur du dollar hongkongais baisse, le mécanisme d’ancrage oblige la HKMA à vendre des dollars américains et acheter des dollars hongkongais afin de maintenir un taux de change constant.

Quel est le statut du dollar hongkongais aujourd’hui ?

Le dollar hongkongais aujourd’hui

Selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux (BRI), entre 2016 et 2019, le dollar hongkongais est passé de la quatorzième à la neuvième place parmi les monnaies les plus échangées. Cette augmentation de volume considérable sur une période courte est probablement due à l’incertitude politique qui règne à Hong Kong et le renouvellement des tensions avec Pékin.

Cette volatilité accrue a donné lieu à de nombreux mouvements sur le marché des changes.

Le saviez-vous ? 
En juin 2020, la bourse de Hong Kong se classait cinquième au monde en matière de capitalisation boursière, derrière la bourse de New York (NYSE), le Nasdaq, la bourse de Tokyo (TSE) et la bourse de Shanghai (SSE).
 
3. Le baht thaïlandais (THB)
  • Pays durement frappé par la crise financière asiatique des années 90, la Thaïlande bénéficie aujourd’hui d’une stabilité économique relativement importante dans la région.
  • Le baht thaï (THB) est considéré comme une devise illiquide, ce qui rend l’échange du baht contre d’autres devises relativement cher.

Selon les chiffres de SWIFT, le baht thaï était la neuvième devise la plus utilisée dans les paiements internationaux en 2019. La banque centrale du royaume, la Banque de Thaïlande, s’occupe de son émission.

Fidèle à son statut de « devise exotique », le baht thaï est considéré comme illiquide. Cela signifie que son volume d’échanges est relativement faible et il peut faire preuve de volatilité.

En effet, d’après la Banque des règlements internationaux (BRI) en 2016, le baht thaï se classait 23e parmi les devises les plus échangées au niveau mondial, notamment en raison d’un écart acheteur-vendeur important.

Quel fut le rôle de la Thaïlande dans la crise asiatique ?

La crise asiatique des années 90

Le baht thaï était au cœur de la crise financière asiatique de 1997 lorsque la Banque de Thaïlande, alors en manque de réserves de devises suffisantes, s’est vue contrainte d’abandonner l’arrimage du baht thaï au dollar américain.

La dévaluation massive qui s’en est suivie a eu trois effets principaux :

  • Une fuite des capitaux considérable.
  • Une vague de faillites en Thaïlande, où les entreprises avaient l’habitude d’emprunter en dollars américains et de recevoir des paiements en baht thaï.
  • Un effet boule de neige dans la région aux conséquences économiques graves.

Mais qu’est-ce qui s’est passé depuis ?

Renaissance de l’économie thaïe

L’économie thaïlandaise s’est remise de la crise des années 90 et le pays a poursuivi son développement, même si la croissance semble se ralentir ces dernières années. Selon la Banque mondiale, son PIB a progressé à un rythme de 5 % par an entre 1999 et 2005. Cependant, ce chiffre a baissé à 3,5 % par an entre 2005 et 2015.

Le baht thaï attire toutefois les acteurs du marché des changes car l’économie du pays, très axée sur le tourisme et les exportations (ces dernières représentant 66 % du PIB thaïlandais), est devenue l’une des plus stables de la région.

Contrairement à la Malaisie, la Thaïlande est beaucoup moins tributaire du commerce des produits de base et du pétrole, ce qui constitue un gage de stabilité supplémentaire en période de faibles prix de ce dernier.

Le saviez-vous ? 
En janvier 2020, la Thaïlande est devenue le sixième pays exportateur de fruits au monde, derrière l’Espagne, les Pays-Bas, le Mexique, les États-Unis et le Chili. La valeur de ses exportations de fruits au cours des dix premiers mois de 2019 était estimée à 3,213 milliards de dollars américains (USD).
 
4. Le dollar singapourien (SGD)
  • Longtemps considérée comme l’économie la plus stable de la région, Singapour dispose d’une devise liquide : le dollar singapourien (SGD).
  • La performance économique singapourienne et le cours de change du dollar singapourien dépendent fortement des investissements étrangers directs et du prix du pétrole.

Centre financier international à la fiscalité attractive, Singapour dispose d’une monnaie nationale relativement jeune, le dollar singapourien (SGD). Ce dernier bénéficie d’un niveau de liquidité élevé. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), le dollar singapourien était la 14e devise la plus échangée sur le marché des changes en 2019. D’après SWIFT, elle était la 10e monnaie la plus importante en matière de volume de paiements internationaux pour la même année.

Brève histoire du dollar singapourien

À la suite de l’accord d’indépendance conclu entre Singapour et la Malaisie en 1965, l’union monétaire entre ces deux pays et Brunei a pris fin. L’état insulaire de Singapour a donc commencé à émettre sa propre monnaie. Indexé, à ses débuts, à la livre sterling (GBP), le dollar singapourien a ensuite été arrimé au dollar américain, puis relié à un panier de monnaies entre 1973 et 1985.

Depuis les années 80, il flotte plus ou moins librement, restant toutefois soumis à une marge de fluctuation stricte dans une fourchette tenue secrète par l’Autorité monétaire singapourienne (MAS).

Singapour, une économie high-tech

L’économie singapourienne est très développée et très axée sur les exportations de haute technicité, comme les produits chimiques et électroniques. Son positionnement géographique stratégique entre les océans indiens et pacifiques, ainsi que ses activités portuaires importantes, font de Singapour une plaque tournante de l’industrie de raffinage du pétrole.

L’investissement étranger direct, véritable pierre angulaire de l’économie locale, est favorisé par une politique fiscale attractive et un secteur tertiaire très spécialisé, notamment dans les services bancaires et les services de gestion de patrimoine.

En raison de son manque de terres agricoles, la santé de l’économie singapourienne et le cours du dollar singapourien dépendent fortement de la valeur des matières premières et des ressources naturelles, importées par l’état insulaire en grandes quantités afin de fabriquer ses produits d’exportation.

Le saviez-vous ? 
Selon les chiffres du FMI, Singapour se classait troisième au monde en matière de PIB par habitant en 2019, derrière le Qatar et le Luxembourg.

 

Depuis plusieurs années, et notamment depuis la disparition de multiples devises européennes à l’arrivée de la monnaie unique en 2002, les acteurs du marché des changes portent un intérêt croissant aux économies émergentes d’Asie et à leurs devises, notamment le yuan chinois (CNY), le dollar hongkongais (HKD), le baht thaïlandais (THB) ou le dollar singapourien (SGD).

Le cas du yuan est complexe en raison de sa cotation offshore limitée, de sa sous-évaluation perçue et du régime de change si particulier qui l’encadre. Le dollar hongkongais, indexé sur le dollar américain (USD), est considéré comme l’une des devises les plus liquides et stables de la région. Si le développement économique de la Thaïlande depuis les années 90 est impressionnant, le baht thaïlandais reste illiquide. L’économie singapourienne, pour sa part, est très avancée, mais le cours du dollar singapourien reste exposé aux évolutions adverses du marché des matières premières et du prix du pétrole.

Ces quatre pays affichent un taux de croissance soutenu depuis de nombreuses années et présentent des opportunités considérables pour les entreprises opérant à l’international. Cependant, il existe un risque inhérent aux échanges commerciaux réalisés dans ces devises émergentes comme dans les devises majeures. Aussi ces entreprises doivent-elles s’interroger sur l’intérêt de recourir à des solutions de couvertures de change.

 

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