Croissance économique mondiale soutenue, euro qui tire son épingle du jeu, incertitude sur la direction du dollar, voici certains des thèmes qui devraient ponctuer l’année 2026 sur le marché des changes.
Commençons par une bonne nouvelle
L’économie mondiale devrait poursuivre sur sa lancée cette année, portée par une forte productivité, une consommation soutenue — en particulier dans les pays émergents — et une croissance des revenus des entreprises solides. Le différentiel de croissance entre la zone euro et les États-Unis devrait cependant perdurer. En zone euro, le PIB devrait être proche de son potentiel à 1%. Côté américain, il devrait être au-dessus de son potentiel entre 2,5% et 3%, avec une croissance de la productivité de 2,5% et un taux de chômage proche de 4,5% tout cela grâce à l’adoption rapide de l’IA.
Il y a un autre ingrédient secret qui explique la bonne tenue de l’économie : la liquidité – c’est-à-dire la monnaie en circulation. En économie, il y a une règle de base : plus la liquidité est abondante, plus la croissance peut être potentiellement élevée. Elle va même exploser cette année :
- 70% des banques centrales au niveau mondial ont fini ou sont en train de finir un cycle de baisse des taux directeurs ;
- Les États-Unis ont suspendu le resserrement quantitatif de la Réserve Fédérale, affichent des déficits records et envisagent des chèques de relance de 2 000 $ ;
- La Chine enregistre le plus gros déficit budgétaire de son histoire ;
- Le Japon prépare un plan de relance de 110 milliards $ ;
- L'UE prévoit de consacrer environ 1 000 milliards $ à ses forces armées.
C’est un cocktail parfait pour que la croissance se renforce.
Dollar américain : tout ne va pas se passer comme prévu
Le marché monétaire n’a aucun doute : la baisse du dollar américain va continuer avec une cible à 1,20 face à l’euro au deuxième trimestre 2026, selon le consensus Bloomberg. Une telle unanimité doit interroger. Elle est souvent source d’erreur. Selon nous, la baisse attendue comme linéaire du dollar est loin d’être acquise.
Pourquoi ? Le principal enseignement de 2025, c’est que les flux et le momentum jouent un rôle déterminant dans l’évolution des taux de change certainement plus important que la macroéconomie, la balance commerciale, la géopolitique et les différentiels de taux d’intérêt entre les banques centrales.
La baisse du dollar l’an dernier n’est pas liée au protectionnisme américain comme on le lit souvent. Elle résulte de flux vendeurs massifs d’actions américaines, notamment de la part des fonds spéculatifs qui sont des initiateurs de tendance. Ils ont pris leurs bénéfices sur les actions technologiques américaines après une excellente année 2024 pour acheter tactiquement – c’est-à-dire pour une courte durée – des actions européennes décotées. Le momentum était favorable. Fin janvier/début février 2025, le plan de relance allemand a été présenté, laissant espérer un rebond de la première économie de la zone euro. En outre, le consensus anticipait, à tort, une résolution rapide du conflit ukrainien.
Qu’en est-il aujourd’hui ? On observe des flux sortants d’Europe qui vont se recycler sur les actions américaines. C'est l'inverse du mouvement de début de l'année dernière. Après la correction boursière de novembre dernier, les valorisations des actions technologiques américaines sont attrayantes. Si ces flux acheteurs s’amplifient, cela pourrait conduire à un renforcement du dollar à moyen terme.
Autre facteur qui plaide en faveur du billet vert : le cycle de baisse des taux par la Réserve Fédérale américaine va rendre moins attractif les rendements offerts par le marché monétaire des deux côtés de l’Atlantique. Conséquence, une partie des centaines de milliards alloués sur les fonds monétaires vont aller vers les actions surtout les actions américaines et bénéficier, par ricochet, au dollar.
Livre sterling : le différentiel de taux va faire toute la différence
Même si le marché se plaît à débattre d’une éventuelle nouvelle baisse des taux par la Banque Centrale Européenne (BCE), celle-ci est peu probable. Les conditions de refinancement sont particulièrement accommodantes en zone euro. Comme c’était le cas avant la Covid, le problème économique numéro 1 reste la faiblesse de la demande intérieure. Une baisse des taux n’y changera rien. La BCE devrait donc maintenir son taux directeur inchangé à 2% toute l’année. À l’inverse, la Banque d’Angleterre (BoE) est loin d’avoir fini son cycle de baisse des taux. Nous estimons qu’elle devrait baisser le loyer de l’argent à deux reprises au cours du premier semestre, le portant à 3%. La dynamique de taux devrait bénéficier à l’euro et porter la paire EUR/GBP vers 0,89 dans les mois à venir.
Yen japonais : en route vers de nouveaux points bas
Nous ne voyons pas de changement drastique de tendance sur l’EUR/JPY cette année. Contrairement à ce qu’on entend souvent dire, le yen faible est une aubaine pour le Japon. Il permet de doper les revenus des entreprises exportatrices nippones et est un des facteurs explicatifs de l’attractivité de la bourse japonaise depuis deux ans. Même si la Banque du Japon devrait logiquement poursuivre son processus de hausse des taux (+25 points de base selon nous), nous doutons que ce soit suffisant pour soutenir le yen. Si la tendance haussière sur l’EUR/JPY se poursuit comme nous le prévoyons, la paire pourrait tester cette année des niveaux inédits, comme la zone des 190. Sans intervention des autorités japonaises pour contrer le phénomène.
Yuan : la stabilité avant tout
Il y a quelques semaines, la Central Economic Work Conference a eu lieu à Pékin. Peu commentée, elle est pourtant cruciale. Elle fixe les objectifs de politique économique pour l’année à venir. Pas de surprise en ce qui concerne la politique monétaire : politique des petits pas pour baisser les taux afin de soutenir le marché de l’immobilier et, surtout, stabilité du taux de change – comme ce fut le cas en 2023 et en 2024. Cela devrait faire taire les rumeurs de dévaluation qui sont fréquentes sur le marché…et totalement fantaisistes. Pourquoi ? La Chine est plus dépendante des exportations que par le passé. Mais ce sont des exportations à forte valeur ajoutée, donc un taux de change faible les stimule uniquement à la marge. En outre, une dévaluation entraîne des effets néfastes difficiles à colmater, notamment une fuite des capitaux. La Chine n’a aucun intérêt à cela.
Les huit priorités économiques de la Chine en 2026 |
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1. S'appuyer sur la demande intérieure comme principal moteur de croissance et construire un marché intérieur solide. |
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2. Développement axé sur l'innovation, en particulier les initiatives dans l’intelligence artificielle et la robotique. |
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3. Poursuivre les réformes entamées au cours des dernières années. |
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4. Maintenir l'ouverture vers l'extérieur et promouvoir une coopération gagnant- gagnant dans plusieurs domaines. |
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5. Favoriser un développement économique harmonieux, en intégrant davantage les zones rurales et en créant des liaisons de transport entre les zones urbaines et les zones rurales. |
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6. Verdir l’économie en misant sur les énergies renouvelables et le nucléaire. |
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7. Créer des filets de sécurité pour la population, en particulier pour les jeunes et les retraités. |
| 8. Stabilité du taux de change et baisse des taux directeurs, notamment pour soutenir le marché de l’immobilier. |
Sources : WEC, iBanFirst, décembre 2025
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