Coronavirus : le marché des changes s’adapte à la nouvelle donne

13 avril 2020

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Le chiffre de la semaine : 540 milliards d’euros.

Il aura fallu deux jours de négociations intenses, la médiation efficace du ministre des Finances allemand, et une session plénière de l’Eurogroupe de seulement 32 minutes pour parvenir à un accord sur le plan de soutien européen face à la crise du coronavirus. L’Europe a été au rendez-vous. Ce ne sont pas moins de 540 milliards d’euros qui vont être mobilisés, notamment via des prêts garantis, pour venir en aide d’urgence aux pays les plus touchés par la crise.

Si l’on ajoute à cela les plans d’aide nationaux et l’action décisive de la Banque Centrale européenne (BCE), l’Europe semble en bonne posture pour affronter l’urgence sanitaire. En revanche, il faudra des négociations supplémentaires et une enveloppe budgétaire certainement plus conséquente pour permettre la reconstruction économique qui devrait débuter, au mieux, au début de l’été.

L’euro renoue avec son range de long terme face au dollar 

L’EURUSD a finalement peu réagi à l’accord de l’Eurogroupe, finissant la séance de vendredi quasiment stable. Après avoir connu une volatilité intense au déclenchement de la crise, la paire a renoué la semaine passée avec sa fourchette de long terme, comprise entre 1,07 et 1,12, dans laquelle elle a évolué avec presque aucune interruption depuis août 2019.

Cette fourchette devrait demeurer d’actualité tant que les États-Unis et l’Europe restent sur un positionnement volontariste et tant qu’aucun élément différenciant (par exemple une dégradation économique plus importante d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, ou encore un bond des cas de coronavirus) ne vient changer la donne.

La baisse de la volatilité est perceptible sur l’ensemble des paires du marché des changes, y compris les paires en yen japonais (JPY) et en dollar américain (USD) qui, du fait du statut de valeur refuge de ces monnaies, sont les plus susceptibles de connaître une forte fluctuation en période d’incertitude.

Finalement, le marché des changes semble s’adapter à la nouvelle donne et progressivement s’habituer au flot de mauvaises nouvelles économiques (comme le bond des demandes d’allocation chômage aux États unis à plus de 16 millions en l’espace de trois semaines). La forte réponse des banques centrales et des gouvernements pour contrer l’épidémie, et les milliards mobilisés, ont certainement été des facteurs décisifs pour réduire la volatilité sur les devises. Selon nos calculs, les pays du G7 ont déjà mobilisé près de 5500 milliards d’euros pour faire face à la crise, soit 17% de leur PIB cumulé – du jamais vu.

La Banque du Canada en ligne de mire 

Nous nous attendons à une volatilité faible cette semaine. L’agenda économique est particulièrement vide en raison des fêtes pascales. La seule banque centrale qui doit se réunir est la Banque du Canada (BoC) demain, à 16h heure de Paris. Le consensus des économistes table sur un maintien des taux inchangés à 0,25% après avoir opéré déjà à trois reprises une baisse des taux depuis le début de la crise. La BoC a récemment élargi son panel d’intervention en adoptant, à l’instar de la banque centrale américaine, un programme de rachats d’actifs ou QE (pour quantitative easing,) à hauteur de 5 milliards de dollars canadiens (CAD) par semaine.

Une amplification des rachats d’actifs est vraisemblable lorsque la situation économique se sera un peu stabilisée, ce qui n’arrivera pas avant plusieurs semaines. Pour l’instant, comme en France, le Canada perçoit juste les premiers effets de la crise, avec notamment une explosion du taux de chômage à 7,8% et la perte de près d’un million d’emplois sur le mois de mars. La réunion de la banque centrale ne devrait donc pas être un marqueur important pour le marché des devises.

En revanche, l’évolution du cours du baril de pétrole, après l’accord portant sur la baisse de la production de l’OPEP de 10%, pourrait servir de moteur au dollar canadien. Un rebond du pétrole pourrait conduire la paire EURCAD à renouer avec la zone des 1,49-50.

Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en matière d’investissement.

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