Naufrage de la lire turque : comment s’en sortir ?

19 août 2020

Blog-RS-17

Une combinaison désastreuse de politiques économiques critiquables et de Covid-19 a plongé la livre turque, qui se retrouve désormais en chute libre. Le pays dispose de plusieurs options pour sortir du malaise, mais préfère ne pas les utiliser.

Si le taux d’intérêt de l’épargne aux Pays-Bas passe à 8 %, les dépôts d’épargne sont en forte hausse. En Turquie, c’est exactement le contraire qui se produit, alors que dans de nombreuses banques, le taux d’intérêt est même supérieur à 8 %. Les épargnants préfèrent placer leur argent sur des comptes en euros ou en dollars. Ce n’est pas étrange si l’on considère que l’inflation dans le pays est passée à plus de 12 % et que la lire a chuté de 24 % par rapport à l’euro depuis le début de l’année.

L’économie turque est durement touchée par la pandémie de Covid-19. L’industrie du tourisme — une source importante de devises fortes — est presque complètement paralysée. Comme la banque centrale essaie d’empêcher la lire de sombrer totalement en faisant des achats de soutien, le fond de la réserve de devises étrangères est presque atteint. À vrai dire, si la Banque de Turquie n’avait pas emprunté des euros et des dollars auprès des banques locales, le pays aurait déjà atteint le fond.

Bonnes nouvelles, mauvaises nouvelles

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe toutes sortes de moyens pour mettre de l’ordre dans les finances et stabiliser la lire. La mauvaise nouvelle est que le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan n’a pas envie de recourir à ces options. Le pays peut faire appel au FMI et demander un soutien, mais selon lui, cela ne cadre pas avec le statut de la Turquie.

Augmenter le taux d’intérêt est une autre manière de rendre une monnaie plus populaire. Tant que le taux d’intérêt est suffisamment élevé, un plus grand nombre d’acteurs choisissent spontanément de placer leur argent sur un compte en lires. Un avantage supplémentaire est que l’inflation est mieux maîtrisée dans ces circonstances. Cependant, pour Erdoğan, un taux d’intérêt plus élevé n’est pas envisageable non plus car cela se ferait au détriment de la croissance économique, qu’il veut à tout prix stimuler. Ainsi, depuis le début de l’année, le taux d’intérêt officiel a été abaissé cinq fois, passant de 12 % à 8,25 %.

Plutôt des bahts que des lires

Ce n’est pas la première fois que la devise turque connaît des difficultés. En 2013, un analyste de Morgan Stanley a placé le pays dans le groupe des cinq fragiles, ou le « Fragile Five » en anglais : un groupe de pays émergents dont les économies étaient jugées plus vulnérables aux chocs majeurs. Parmi ces cinq pays, la Turquie est également le seul pays à avoir été inclus dans une nouvelle version des cinq fragiles réalisée par l’institut d’études de marché Standard & Poor’s en 2017.

Depuis 2013, la lire a chuté de pas moins de 70 % par rapport à l’euro. Même si le pays réussit à sortir de la crise monétaire actuelle en faisant feu de tout bois, rien ne changera les mauvaises perspectives à long terme tant que les problèmes structurels persisteront.

Dans le même temps, la Thaïlande démontre que les choses peuvent être faites autrement. En 2017, le pays a pris la tête du « Formidable Five » de S&P, le pendant des cinq fragiles. Depuis lors, le baht thaïlandais a progressé de plus de 10 %. Cela ne peut donc pas faire de mal de mettre de l’ordre dans ses affaires financières, y compris dans le monde des devises.

Joost Derks est spécialiste des devises chez iBanFirst. Il a plus de vingt ans d’expérience dans ce domaine. Cet article reflète son opinion personnelle et ne constitue en aucun cas un conseil professionnel (en matière d’investissement).

 

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