Pourquoi les banques ne rattraperont-elles jamais les Fintech ?

3 mai 2019 18:06:30

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En 2012, 3 milliards de dollars étaient investis dans les Fintechs. Trois ans plus tard, ce montant atteignait les 20 milliards. Sur le seul premier semestre 2018, il dépassait les 27,5 milliards. Tous les pans de l’industrie bancaire ont depuis été bousculés : les paiements entre particuliers, le paiement à l’international, la banque corporate, le prêt, l’assurance, ou encore l’investissement.

Les banques ne manquent pourtant pas de moyens pour innover. Alors pourquoi cet engouement pour les services financiers alternatifs ? Les banques ont-elles pris trop de retard pour contre-attaquer ?

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Le krach économique a eu deux conséquences favorisant l’innovation

 

En réalité, il faut remonter à 2008 pour comprendre le tsunami Fintech qui s’abat depuis sur le vieux monde bancaire.

Premier mouvement : le durcissement des règles vis-à-vis des banques, jugées peu dignes de confiance par les législateurs ainsi que par le grand public. Les nouvelles contraintes n’ont cessé de pleuvoir sur les banques traditionnelles : procédures pour lutter contre le financement du terrorisme ou contre la fraude fiscale… Les exigences sont devenues massives en termes de conformité et de traçabilité. Encore aujourd’hui, jusqu’à 40 % de leurs budgets informatiques sont consacrés à la mise en place des systèmes nécessaires à leurs obligations de conformité.

Et, en cas de défaillance, la justice n’a pas la main légère. D’après BCG, près de 350 milliards de dollars de sanctions ont été prononcés depuis 2009 à l’encontre des établissements bancaires.

En parallèle, les instances internationales et européennes ont créé de nouvelles directives comme DSP1 puis DSP2. Le but affiché : ouvrir le marché à la concurrence. 
Initiation de paiement par une banque tierce, partage d’information : peu à peu, les monopoles et les rentes des banques tombent, révélant en creux les limites des acteurs traditionnels.

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Banques traditionnelles : un problème d’ADN ?

 

Il serait faux de dire que les acteurs traditionnels ne sont pas engagés dans la digitalisation. Depuis 2018, en France, 64 % d’entre eux proposent l’ouverture d’un compte à distance ; la moitié propose la souscription d’un crédit en ligne, contre 16 % en 2017.  

Chaque banque a déployé des programmes ambitieux et nommé des "chief innovation officers" et des "chief digital officers", voire même investi dans des Fintechs. Mais, ces efforts, réels, sont-ils suffisants ?

Les banques n’ont pas suffisamment investi depuis… des décennies. Même les banques américaines, réputées pour être parmi les plus innovantes, dépensaient en 2018 en moyenne 5 % de leur produit net bancaire dans des initiatives liées à "leur renouvellement". Les GAFAM, leaders mondiaux de l’innovation – et sérieux concurrents dans les paiements –, dépensaient quant à eux au minimum 9 % de leur chiffre d’affaires en Recherche & Développement. À titre d’exemple, dans d’autres secteurs, comme l’industrie pharmaceutique, l’innovation pèse parfois plus de 20 % du chiffre d’affaires.

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En réalité, les banques traditionnelles font face à plusieurs sérieux problèmes structurels.

 

Problème d’investissement financier, problème d’enjeux réglementaires et de compliance qui mangent en réalité une grande part allouée à la R&D. Mais aussi problème de culture : disposent-elles de l’ADN de l’innovation ?

Jusqu’à aujourd’hui, elles n’avaient pas de département recherche et développement. L’innovation était traitée métier par métier. Comparé à n’importe quelle industrie – biotechnologies, automobile, agroalimentaire, cela peut surprendre.

Plus globalement, tous les salariés des banques vous le diront : le monde bancaire est celui de l’ordre et de la stabilité.

Il est difficile de faire bouger les lignes. Chaque département dispose de son pré carré. À l’intérieur de cette organisation, les individus sont cantonnés à un rôle. C’est le prix à payer de la sécurité. Mais c’est aussi un frein considérable à l’innovation. Pris entre conformité, cloisonnements et gestion du risque, les salariés sont confinés, obligés de déplacer des montages pour penser out of the box. Et le rachat d’entreprises plus agiles ne résout pas grand-chose. Pire, il contribue souvent à repousser l’innovation à la périphérie des établissements financiers, l’empêchant d’irriguer le cœur de l’entreprise.

Libérées de certaines contraintes légales, parce qu’elles n’ont pas la prétention de faire tous les métiers de la banque, les Fintechs misent sur l’alliance prometteuse : le digital allié à un vrai souci du client. Cela peut sembler banal, sauf dans le secteur bancaire.

Pierre-Antoine Dusoulier
CEO et fondateur d’iBanFirst

Tribune également parue dans Les Echos en Avril 2019, à retrouver ici

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